9,7 tonnes
L’autre jour, dans un moment de grand trouble intérieur confinant au vide abyssal, je me suis « amusé » (quelle poilade) à calculer mon empreinte carbone grâce à une application disponible sur le site du journal Le Monde. Le résultat fut sans appel :
9,7 tonnes de CO2 / an.
3 tonnes pour enculer les mouches
Rien que pour moi. Le (presque) quinquagénaire insignifiant, même pas chef d’entreprise, même pas cadre, même pas propriétaire de son logement, ni même de sa voiture. Le salarié lambda dans une entreprise publique attachée à sa RSE1 et à la sauvegarde de la biodiversité… mais qui, par un réflexe d’asservissement hiérarchique vertical incompréhensible, m’oblige à faire 10 allers-retours Nice-Paris par an en avion, pour assister à des réunions stériles où se discute, à dix « têtes pensantes », la couleur des futurs balais à chiottes. A peine avais-je renseigné cette information aéro-corporate dans le calculateur que mon compteur carbonique s’affolait déjà de presque 3 tonnes. Ça commençait mal.
130 chevaux pour une petite bite
Ma voiture ensuite. Je roule en Peugeot 208 GT, équipée d’un moteur essence « Puretech » de 130 chevaux. Fatal error à plus d’un titre. Non seulement le moulin à café Stellantis est une saloperie sans nom qui bouffe autant d’huile que de carburant, mais avec ses 130 bourrins, il n’est pas vraiment vertueux, malgré sa vignette Crit’Air 1. Recrachant 122 grammes de CO2 par km2, ce bolide de banlieue contribue lui aussi à sévèrement creuser ma dette environnementale. Pour être honnête, je roule presque toujours en mode sport3 car je déteste manquer de reprise sur l’autoroute. Cette coquetterie mécanique compense sans doute un complexe probablement lié à la taille de mon appendice masculin, à moins qu’il ne s’agisse que de l’expression primaire de mes innombrables névroses ou d’un masculinisme refoulé. Je suis déjà pédé, vous ne voulez pas non plus que je conduise comme une gonzesse ? Merde.
Poulet façon Thunberg
Continuant l’inventaire de la gabegie plastico-pétrolifique qui résume mon existence, figurez-vous que je ne suis ni végétarien, ni vegan. Autrement dit, il m’arrive de me nourrir de chairs mortes plusieurs fois par semaine. Certes, je n’abuse pas de la viande rouge, mais je mets le poulet à toutes les sauces : terriyaki, tandoori, basquaise, gingembre, moutarde et j’en passe. Ce faisant, je soutiens l’élevage intensif de galinacées qui, à son tour, contribue à augmenter mes émissions de façon déraisonnable.
FatBook Pro
Ajoutons à cette vie de débauche anti-Greta ma passion pour la technologie qui fait ressembler mon appartement à une succursale de la FNAC. Smartphone, ordinateur, tablette, montre connectée, enceintes intelligentes, domotique, frigo et lave-vaisselle Wi-Fi (si, si), écouteurs sans fil, me voilà dans de sales draps en coton non bio aspergé de pesticides. Saupoudrons tout ça de quelques tenues vestimentaires Uniqlo, de baskets Puma ou Adidas, d’une dizaine de commandes Amazon et d’une consommation démesurée de myrtilles du Chili et patatras, mon compte est bon : 9,7 tonnes de CO2 par an.
Génération Lexomil
Heureusement, la Sertraline et le Xanax m’aident à bien dormir la nuit malgré ce résultat désastreux dont je ne suis pas fier. Mais contrairement à la plupart des connards occidentaux qui vivent dans l’opulence matérielle, j’ai au moins la décence de ne pas être heureux et d’en discuter régulièrement avec un psychiatre, dans le confort feutré et apaisant de son cabinet climatisé.
Il ne me reste plus qu’à démissionner de mon job, acheter un VTT, bouffer des brocolis au tofu et… devenir encore plus dépressif.