Vertiginal

9,7 tonnes

Photo de Cristian Guillen sur Unsplash

L’autre jour, dans un moment de grand trouble intĂ©rieur confinant au vide abyssal, je me suis « amusé » (quelle poilade) Ă  calculer mon empreinte carbone grĂące Ă  une application disponible sur le site du journal Le Monde. Le rĂ©sultat fut sans appel :

9,7 tonnes de CO2 / an.

3 tonnes pour enculer les mouches

Rien que pour moi. Le (presque) quinquagĂ©naire insignifiant, mĂȘme pas chef d’entreprise, mĂȘme pas cadre, mĂȘme pas propriĂ©taire de son logement, ni mĂȘme de sa voiture. Le salariĂ© lambda dans une entreprise publique attachĂ©e Ă  sa RSE1 et Ă  la sauvegarde de la biodiversité  mais qui, par un rĂ©flexe d’asservissement hiĂ©rarchique vertical incomprĂ©hensible, m’oblige Ă  faire 10 allers-retours Nice-Paris par an en avion, pour assister Ă  des rĂ©unions stĂ©riles oĂč se discute, Ă  dix « tĂȘtes pensantes », la couleur des futurs balais Ă  chiottes. A peine avais-je renseignĂ© cette information aĂ©ro-corporate dans le calculateur que mon compteur carbonique s’affolait dĂ©jĂ  de presque 3 tonnes. Ça commençait mal.

130 chevaux pour une petite bite

Ma voiture ensuite. Je roule en Peugeot 208 GT, Ă©quipĂ©e d’un moteur essence « Puretech » de 130 chevaux. Fatal error Ă  plus d’un titre. Non seulement le moulin Ă  cafĂ© Stellantis est une saloperie sans nom qui bouffe autant d’huile que de carburant, mais avec ses 130 bourrins, il n’est pas vraiment vertueux, malgrĂ© sa vignette Crit’Air 1. Recrachant 122 grammes de CO2 par km2, ce bolide de banlieue contribue lui aussi Ă  sĂ©vĂšrement creuser ma dette environnementale. Pour ĂȘtre honnĂȘte, je roule presque toujours en mode sport3 car je dĂ©teste manquer de reprise sur l’autoroute. Cette coquetterie mĂ©canique compense sans doute un complexe probablement liĂ© Ă  la taille de mon appendice masculin, Ă  moins qu’il ne s’agisse que de l’expression primaire de mes innombrables nĂ©vroses ou d’un masculinisme refoulĂ©. Je suis dĂ©jĂ  pĂ©dĂ©, vous ne voulez pas non plus que je conduise comme une gonzesse ? Merde.

Poulet façon Thunberg

Continuant l’inventaire de la gabegie plastico-pĂ©trolifique qui rĂ©sume mon existence, figurez-vous que je ne suis ni vĂ©gĂ©tarien, ni vegan. Autrement dit, il m’arrive de me nourrir de chairs mortes plusieurs fois par semaine. Certes, je n’abuse pas de la viande rouge, mais je mets le poulet Ă  toutes les sauces : terriyaki, tandoori, basquaise, gingembre, moutarde et j’en passe. Ce faisant, je soutiens l’élevage intensif de galinacĂ©es qui, Ă  son tour, contribue Ă  augmenter mes Ă©missions de façon dĂ©raisonnable.

FatBook Pro

Ajoutons Ă  cette vie de dĂ©bauche anti-Greta ma passion pour la technologie qui fait ressembler mon appartement Ă  une succursale de la FNAC. Smartphone, ordinateur, tablette, montre connectĂ©e, enceintes intelligentes, domotique, frigo et lave-vaisselle Wi-Fi (si, si), Ă©couteurs sans fil, me voilĂ  dans de sales draps en coton non bio aspergĂ© de pesticides. Saupoudrons tout ça de quelques tenues vestimentaires Uniqlo, de baskets Puma ou Adidas, d’une dizaine de commandes Amazon et d’une consommation dĂ©mesurĂ©e de myrtilles du Chili et patatras, mon compte est bon : 9,7 tonnes de CO2 par an.

Génération Lexomil

Heureusement, la Sertraline et le Xanax m’aident Ă  bien dormir la nuit malgrĂ© ce rĂ©sultat dĂ©sastreux dont je ne suis pas fier. Mais contrairement Ă  la plupart des connards occidentaux qui vivent dans l’opulence matĂ©rielle, j’ai au moins la dĂ©cence de ne pas ĂȘtre heureux et d’en discuter rĂ©guliĂšrement avec un psychiatre, dans le confort feutrĂ© et apaisant de son cabinet climatisĂ©.

Il ne me reste plus qu’à dĂ©missionner de mon job, acheter un VTT, bouffer des brocolis au tofu et
 devenir encore plus dĂ©pressif.


  1. le nom plus convenable du green washing

  2. en moyenne, sans compter l’huile

  3. à l’inverse du moteur Puretech, la boüte automatique EAT8 est un vrai bonheur