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Dissonance

La France et l’Europe subissent actuellement une vague de chaleur d’une intensité inédite pour un mois de juin. Les journaux et les chaînes d’info ne parlent que de ça depuis une semaine. Le phénomène s’accentue chaque année, les canicules sont à la fois plus précoces et plus nombreuses : Météo France a ainsi recensé autant de vagues de chaleur en France entre 1947 et 2010 (plus de 60 ans) qu’entre 2010 et 2025 (seulement 15 ans). Et pourtant, dans un élan capitalistico-mortifère sans limite, nous continuons à cramer toujours plus d’hydrocarbures, à prendre l’avion et la voiture, à bouffer de la viande, à acheter et entasser tout un tas de produits inutiles fabriqués à l’autre bout du monde.

En bon occidental que je suis, je n’échappe pas à ce comportement absurde et destructeur. Pourquoi ? Non pas parce que je ne sais pas vivre autrement, mais parce que je ne le veux pas. D’un côté, j’ai parfaitement conscience du dérèglement climatique et de ses conséquences funestes, de l’autre je ne fais rien (ou pas grand-chose) pour le freiner. C’est l’illustration par l’exemple du fameux concept de dissonance cognitive.

En psychologie sociale, la dissonance cognitive est la tension interne propre au système de pensées, croyances, émotions et attitudes (cognitions) d'une personne lorsque certaines d'entre elles entrent en contradiction les unes avec les autres. Le terme désigne également la tension qu'une personne ressent lorsqu'un comportement entre en contradiction avec ses idées ou ses croyances. (source : Wikipédia)

C’est cette même dissonance cognitive qui me pousse à consommer de l’alcool alors que je prends des antidépresseurs, à manger un cookie glacé au restaurant alors que ma glycémie frôle dangereusement le seuil du diabète de type 2, à passer des heures le cul sur ma chaise de bureau plutôt que de fréquenter une salle de sport. Des actes en contradiction avec mes idées, mes croyances et mes connaissances, qui provoquent une sorte de tension intérieure. Pour la soulager, je minimise la portée de mes comportements, je négocie avec ma conscience, je me convaincs que je n’ai pas le choix, que je ne suis pas pire que mon voisin.


J’ai commandé deux flacons d’encre Iroshizuku chez Makkura cette semaine. Le bleu azur sublime « kon-peki » et le noir abyssal charbon de bambou « take-sumi ». En format 15ml, c’est largement suffisant pour écrire plusieurs mois dans mes carnets. Car oui, en bon vieux boomer que je suis, j’écris tous mes textes sur du papier (MD Paper, Bindewerk ou Le papier fait de la résistance), même ceux que je publie sur ce blog.


Je n’ai toujours pas rebranché la machine à écrire électronique que j’ai achetée le mois dernier. Une Olivetti ET-540 du début des années 1990, en parfait état. Elle dort dans une housse sous mon lit. Je crois que je suis un fétichiste des instruments d’écriture. A l’occasion, il faudra que j’en parle à mon psychiatre, encore une névrose à traiter…