Élections providentielles
C’est reparti pour un tour. Tous les cinq ans, la France suspend son souffle, les médias tournent en boucle sur le sujet, les analystes politiques de tout bord s’étripent sur les plateaux télé et l’action gouvernementale se réduit à peau de chagrin : le temps de la campagne présidentielle est venu ! Comme si le sort de la nation dépendait entièrement de ce scrutin. Comme si une seule personne, une fois installée à l'Élysée, allait enfin régler en un quinquennat tous les problèmes du pays.
Tous les cinq ans, les Français croient élire un magicien à l’issue d’élections providentielles.
Le problème, c'est que la magie n'existe pas. Et que les vrais enjeux ne se règlent pas par décret présidentiel : le dérèglement climatique, les inégalités, la dette de l’Etat, l'effondrement des services publics, la paupérisation des classes moyennes, tous ces sujets nécessitent des politiques de long terme, patientes, transpartisanes, souvent européennes, rarement spectaculaires. Rien de tout cela ne rentre sur un prospectus A4 ni dans un débat télévisé de deux heures.
La Ve République a consacré un régime présidentialiste qui n'a pas d'équivalent dans les grandes démocraties occidentales. En Allemagne, le chancelier gouverne en coalition, contraint au compromis. Dans les pays scandinaves, les politiques publiques s'inscrivent dans des pactes sociaux qui transcendent les alternances électorales. En France, on attend le chef. On le hisse, on le glorifie, on le déteste, on l'abat, et on recommence avec le suivant en espérant que cette fois-ci sera la bonne.
Le résultat est prévisible : le président finit toujours par décevoir puisqu’il n’est élu que par une fraction finalement assez faible de la population et que la moitié de son programme est rarement applicable. Et plus le président déçoit, plus les Français attendent du suivant qu'il soit encore plus providentiel. Le messianisme politique est une machine à fabriquer de la désillusion à intervalles réguliers.
En 2027, nous n’y échapperons pas. Nous aurons à choisir parmi un aréopage de candidats qui nous promettent de tout changer, de tout réparer, de tout refonder. Ou carrément de renverser la table. Nous voterons avec espoir ou avec résignation, selon notre tempérament et nos convictions. Et dans les six mois qui suivront l'élection, les sondages commenceront déjà à mesurer la déception.
Les élections les plus importantes en France en 2027 sont les législatives. Parce que si les divisions du pays perdurent, et je ne vois aucun signe de rassemblement chez mes concitoyens, le prochain locataire de l’Élysée n’aura pas plus de majorité à l’Assemblée que l’actuel. Et la France repartira dans un cycle de cinq ans où il ne passera pas grand-chose.
Tant que les représentants de la nation n’apprendront pas à négocier entre eux, à composer des alliances et à élaborer des programmes communs, la France continuera à s’enfoncer dans une crise de régime qui servira de terreau à toutes les impasses à venir.